L’effeuillage : une féminité choisie

L’effeuillage : une féminité choisie

En se mettant à nu sur scène, Maureen Labiche a entrepris un processus de guérison qui lui a permis de se reconnecter avec son corps et ainsi renouer avec sa féminité.

Je connais Maureen depuis quelques années déjà. C’est une femme qui m’a toujours fascinée et émue. Je l’ai connu se cherchant beaucoup : elle a fait du théâtre et du clown, a vécu au Pérou pendant six mois pour y enseigner le français, a été vendeuse et est issue d’une famille de sorcier.e.s. Parfois fantasque et parfois plus discrète, Maureen est une femme aux multiples facettes. On ne peut ni prévoir ce qu’elle va dire, ni prévoir ce qu’elle va faire. Aujourd’hui, Maureen a trouvé sa place. Elle fait partie de la scène de l’effeuillage burlesque mais elle donne aussi des cours d’effeuillage et de comédie burlesque. Cette discipline manque à être connue car c’est non seulement un spectacle très divertissant mais elle permet aussi aux femmes de se réapproprier leur corps. C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé d’écrire mon premier article sur mon amie Maureen. Elle m’a confié, lors d’un froid après-midi d’hiver, ses secrets. Et je suis heureuse d’avoir pu la découvrir un peu plus grâce à ce projet.

Crédit Mélodie Marot

Maureen définit l’effeuillage burlesque comme tel : l’effeuillage, c’est un joli mot qui veut dire se déshabiller et le burlesque vient des films comiques en noir et blanc, plutôt comiques et clownesques. C’est donc l’art de se déshabiller, avec un numéro scénarisé et/ou avec des codes esthétique des pin-up des années 1920/1930. Elle évoque ces photos affriolantes destinées aux soldats qu’on a tou.te.s en tête où les filles sont très jeunes mais ont toujours une espère d’innocence et une naïveté candide. L’effeuillage apparaît aux Etats-Unis avant d’arriver en France après la Seconde Guerre Mondiale, en même temps que le chewing-gum et la cigarette. La référence de Maureen, c’est Mata Hari, une danseuse tribale qui s’inscrit dans les prémisses de l’effeuillage, comme l’étaient le cabaret et le Moulin Rouge.

C’est d’ailleurs le film Moulin Rouge qu’elle regardait en boucle pendant son enfance. Elle me raconte qu’elle mettait la bande son à fond et qu’elle dansait devant son miroir en s’entraînant au play-back. La petite Maureen rêvait d’être une show girl. Elle faisait de chaque dîner de familles une nouvelle occasion de créer un spectacle. Mais le rapport qu’elle entretenait avec son corps n’était pas celui qu’on imagine pour une enfant de cet âge.

« Pour moi, c’est un souvenir assez fort car à ce moment là, j’avais une puberté précoce. A cause de cela, j’avais un rapport à mon corps plutôt dans le rejet. J’étais différente des autres, parce qu’à huit ans, j’avais déjà de la poitrine et des hanches. Je ne grandissais pas à cause de mon traitement donc je grossissais… Ce qui accentuait mes formes. Je n’avais aucun contrôle sur mon corps alors je le rejetais. »

Plus tard, devenue jeune comédienne, l’une de ses amies l’a emmené voir un show d’effeuillage. A cette soirée, Maureen a gagné un concours de booty shake et elle s’est dit qu’elle devait se lancer. Mais son premier cours ne s’est pas particulièrement bien passé et elle s’est donc arrêté là pendant quelques années. C’est au Pérou qu’elle a renoué avec l’effeuillage. En voulant faire un mini-spectacle pour une de ses copines, elle a décidé de faire une sorte de strip-tease clownesque. Habillées de manière loufoque, une robe avec un caleçon en dessous, elles ont donc fait ce strip-tease sexy et clownesque en même temps. C’est par le clown que Maureen dit avoir reconnecté en premier lieu avec sa féminité.

Sa première scène a eu lieu l’année dernière, après un stage suivi sur plusieurs mois. C’est en voyant l’annonce du stage dans le train, qu’elle a eu le déclic. A ce moment-là, elle ne savait plus vraiment quoi faire de sa vie. Elle a donc repensé à son rêve de gamine, cette enfant qui se déguisait et qui dansait avec sensualité. Lors du stage, Maureen a réalisé à quel point c’était naturel pour elle de jouer avec des gants, un boa mais aussi avec le public. Elle dit elle-même : « Aguicher le public c’est assez naturel chez moi, je l’ai… Je ne sais pas pourquoi je l’ai mais je l’ai. » Pendant plusieurs mois, elle a donc dû créer un numéro d’effeuillage qui parlerait d’elle-même :  » J’ai aimé que la prof nous demande de parler de nous, de ce qu’on voulait dire, quel personnage on voulait incarner. » Finalement, Maureen a choisi d’aller vers un personnage dans sa zone de confort : fraîche, joyeuse et clownesque, un personnage qui lui ressemble en somme. Elle m’explique alors qu’elle rêve plutôt de jouer une femme froide, inaccessible : « J’ai toujours rêvé d’être une femme amazone, forte, que rien n’arrête. Comme si cette femme était en moi mais qu’elle n’arrivait pas à sortir. J’y travaille et j’y arrive de mieux en mieux. » Elle-même se décrit pourtant comme une jeune femme plutôt charmante avec des courbes gracieuses. Maureen compare son corps très flexible à celui d’un serpent. Lorsqu’elle danse « ça fait une petite chose avec une énorme crinière et qui ondule. »

Crédit Olivier Girard Photography

« Je n’aime pas la peur bleue avant de passer sur scène. J’aime le frisson en passant sur scène. C’est un peu du masochisme : je me dis pourquoi je fais ça. Mais une fois que j’y suis : je sais pourquoi je fais ça !« 

En effet, cette nouvelle activité lui a permis d’enfin accepter ce corps, qu’elle avait rejeté et maltraité pendant son enfance et son adolescence : « Je ne l’ai pas respecté du tout, j’étais dans le jugement envers ce corps de femme. » Loin de l’amour pour son corps, elle raconte que son complexe se situait au niveau de ses bras : « J’avais l’impression que toute ma colère allait dans mes bras, comme si mes bras était pleins de cellulite. » Moi, je n’avais jamais spécialement remarqué ses bras, je l’avais toujours trouvé radieuse, piquante, douce, solaire. Par la suite, elle me confie que depuis qu’elle fait de la danse, elle trouve que ses bras « vont mieux », qu’ils sont plus fins et avoue que tout cela se situe surtout dans sa tête. L’avantage de l’effeuillage, c’est que tous les corps sont les bienvenus et peuvent être acceptés : « Il n’y a aucun diktat. On peut aussi jouer avec les tenues et les accessoires pour enjoliver ce qui nous complexe. Si tu n’aimes pas tes fesses, on te met des résilles et le tour est joué. » L’effeuillage est ouvert à tou.te.s, quel que soit leur corpulence, leur âge, leur race, leur genre… « Tout le monde peut faire de l’effeuillage » conclut Maureen en souriant. Ce qui prime pour elle, c’est la générosité. « Dans l’effeuillage, il faut vouloir donner, faire des mimiques, aguicher… » Bien sûr, les qualités de danse, d’expression scénique sont importantes mais pas que ! Si vous êtes doué.e.s en activités manuelles, vous pourrez certainement y avoir votre place : « Trouver son costume, c’est hyper long ! Il faut savoir faire de la couture, du collage, du bricolage… »

Face aux diktats des corps parfaits et de la sexualisation du corps feminin, l’effeuillage fait figure de résistance. A ceux qui lui demandent comment l’effeuillage peut être féministe alors que les femmes se déshabillent et jouent le jeu de la sexualisation des corps, Maureen répond qu’elle ne s’effeuille pas pour le public :

« Même si c’est plus intéressant quand les gens crient, je le fais pour moi. C’est le moment où je prends le pouvoir et où je montre ce que je décide de montrer. »

La tradition de la scène burlesque veut que le public crie dès que l’effeuilleu.r.se se prépare à enlever un vêtement pour l’encourager. A ce moment-là, il y a comme une incertitude. L.e.a danseu.r.se pourrait décider de partir si le public n’est pas assez en demande mais Maureen voit ça différemment : « Pendant un temps, j’ai l’impression de faire un pied de nez aux gens : mon corps est là et qu’il vous plaise ou non, je m’en fous ! »

Réservez un cours avec Maureen Labiche en lui envoyant un message ici.

Merci à Maureen pour sa générosité, sa transparence et sa disponibilité.

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